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Les locomotives du Petit Anjou

A l'époque de l'ouverture du réseau vicinal de l'Anjou, l'unique moyen de remorquer un train était la locomotive à vapeur. L'électricité en était à ses balbutiements, les moteurs thermiques manquaient de puissance, l'air comprimé, qui n'autorisait qu'une faible autonomie, ne s'appliquait qu'aux tramways urbains.

A partir des années vingt, les progrès du moteur thermique, conjugués à la concurrence des premiers autobus, introduisirent les automotrices, plus connues sous le nom impropre de "michelines", mues d'abord, sur le réseau de l'Anjou, par un moteur à essence, puis par un moteur diesel.

La traction électrique n'a jamais été raisonnablement envisagée, en raison - secondairement - de l'éloignement des zones de production du courant et surtout de la modestie du trafic, qui ne permettait pas d'amortir l'installation des caténaires. La vapeur régna donc largement en maîtresse jusqu'à la fermeture du réseau.

 

Caractéristiques générales

Les 31 locomotives inscrites aux cahiers des charges des différentes lignes étaient des machines-tender. A ce nombre, il convient d'ajouter 6 autres machines prévues pour les projets d'extension du réseau vers La Chapelle-Glain, 4 pour la ligne de Saint-Michel-de-Feins et plusieurs autres pour les extensions vers Clisson et Rillé-Hommes.

Toutes ces machines étaient de type 030, c'est-à-dire à trois essieux, pesaient autour de 14 tonnes à vide et, ne possédant pas de tender indépendant, étaient équipées de leur propre soute à eau et à charbon. Celui-ci était placé du côté du chauffeur dans la soute latérale et se déversait par gravité dans la cabine même, ce qui explique la présence d'une tôle fermant la portière jusqu'à mi-hauteur pour l'empêcher de tomber sur la voie ! Un assortiment de briquettes trônait devant la cabine, tandis que tout à l'avant, devant la cheminée, était comme suspendu en l'air le mémorable fanal à pétrole.

Pour la petite histoire, signalons que ces locomotives reçurent, au fil des ans, les aménagements les plus divers ; ainsi furent-elles toutes équipées de caisses à outils fixées sur les soutes à eau. Tout un attirail hétéroclite s'accrochait à leurs flancs ringard, cric pour les éventuels déraillements, seau pour la toilette et, sur la cabine, d'épais madriers, les "bastings" pour les remises sur rails

De couleur noire, sans doute depuis l'origine, réchampie de quelques filets de couleur, telles se présentaient ces charmantes locomotives.

 

les 030 T S.A.C.M. n° 21 à 26

 

Locomotive SACM Locomotive SACM n° 23 "Baugé" en gare de Beaufort en Vallée.

Les premières locomotives furent livrées pour la ligne Angers - Noyant. Construites en 1892 et 1893 aux ateliers de la Société Alsacienne de Constructions Mécaniques (S.A.C.M.) à Belfort (n° d'usine 4.239 à 4.242, 4.443 et 4.444), réceptionnées en mars et juin 1893, elles avaient fière allure sur les voies du Petit Anjou.

Comme le voulait la tradition, elles reçurent toutes un nom de baptême correspondant aux principales localités desservies, à savoir n° 21 Angers, n° 22 Beaufort, n° 23 Baugé, n° 24 Noyant, n° 25 Trélazé, n° 26 Mazé.

Pratiquement toujours conduites et entretenues par la même équipe, elles rendirent de très bons services, tout d'abord sur la ligne de Noyant puis sur celles de Beaupréau et de Candé. Elles restèrent ainsi fidèles à la partie nord du réseau, qu'elles parcoururent pratiquement sans défaillance au cours de leur longue carrière. Au sud, elles ne dépassèrent presque jamais le dépôt de Beaupréau, les Blanc-Misseron étant affectées aux lignes de Saumur et de Nantes.

Jugées très stables pour la tenue de voie, elles présentèrent toutefois un inconvénient majeur à l'usage, les ruptures fréquentes des tiges de tiroirs. C'est vraisemblablement pour cette raison que la compagnie, pour sa seconde commande, se tourna vers un autre constructeur.

Quatre d'entre elles, les numéros 21, 22, 23 et 25, furent vendues à la ferraille en 1935 ; leurs quarante-deux années de service les avaient probablement amenées à la limite d'utilisation.

Caractéristiques des locomotives SACM

Poids à vide : 13T700
Poids en charge : 17T850
Timbre de la chaudière : 10 kg
Diamètre roue motrice : 900 mm
Diamètre des cylindres : 270 mm
Course des pistons 460 mm
Surface de grille : 0,620 m²
Surface de chauffe : 36 m²
nombre de tubes : 86
Longueur hors tampon 7m70
Empattement : 2m10
Largeur : 2m10
Hauteur : 3m20
Capacité des soutes à eau : 1800 L
Capacité en charbon : 1000 kg

Plan loco SACM

 

les 030 T Blanc-Misseron n° 51 à 70

 

Locomotive Blanc-Misseron Locomotive Blanc-Misseron n° 61 en gare de la Roche Saint Jean de Linières.

Les 20 locomotives suivantes furent construites à Blanc-Misseron par les Ateliers du Nord de la France (A.N.F.) et les Ateliers Tubize ; elles étaient répertoriées sous la série 6.299 dite "type Anjou"(n° de construction 114 à 133).

Les 8 premières, réceptionnées au début de 1896 à Cholet et Doué-la-Fontaine, furent mises en service à l'inauguration de la ligne Saumur - Cholet, le 22 août, sous les nos 51 à 58. La seconde livraison, destinée à l'Etoile de Beaupréau (8 machines pour Cholet - Beaupréau, Beaupréau - Chalonnes et Beaupréau - Nantes jusqu'au Puiset-Doré, 4 pour la section en Loire-Inférieure du Puiset-Doré à Nantes), entra en service à partir d'août 1899 sous les nos 59 à 70.

Basées initialement au dépôt de Beaupréau, certaines rejoignirent celui des Noyers à Angers après le raccordement de La Possonnière en 1910. Elles circulèrent sur la totalité des lignes jusqu'en 1947.

En 1935, on vendit à la ferraille les numéros 55, 64 et 69. Ces machines connurent également quelques accidents spectaculaires, tels celui de Beaufort où, en 1912, deux d'entre elles se heurtèrent de face et, en 1937, celui de Gourmaillon qui vit la n° 60 se retrouver sur le toit.

Après l'arrêt de l'exploitation en mars 1948, les numéros 56, 58, 62 et 65 furent conservées pour la desserte des carrières de Bécon-les-Granits. Attachées à La Roche devenue dépôt, elles seront vendues à la ferraille après la fermeture totale de 1955.

Caractéristiques des locomotives Blanc-Misseron

Poids à vide : 15T500
Poids en charge : 19T610
Timbre de la chaudière : 10 kg
Diamètre roue motrice : 900 mm
Diamètre des cylindres : 270 mm
Course des pistons 460 mm
Surface de grille : 0,619 m²
Surface de chauffe : 36 m²
Longueur hors tampon 7m70
Empattement : 2m10
Largeur : 2m20
Hauteur : 3m10
Effort de traction maximum : 2395 kg
Capacité des soutes à eau : 1800 L
Capacité en charbon : 1000 kg

Plan loco Blanc-Misseron

 

les 030 T Weidknecht n° 101 à 104

 

Locomotive Weidknecht Locomotive Weidknecht n° 101 en gare d'Angers-Anjou.

Les 4 locomotives commandées aux Etablissements Weidknecht à Paris- Pont-de-Flandre et construites en 1908 avaient pour but de renforcer le parc déjà existant en vue de l'ouverture de la nouvelle ligne de Candé. Elles furent affectées aux dépôts de Beaupréau (n° 101 et 102) et d'Angers - Les Noyers (n° 103 et 104).

La compagnie se rendit rapidement compte que ces machines ne donnaient que peu de satisfactions, en raison notamment de leur mauvais maintien en ligne et de leur entretien difficile et coûteux. Elles furent de ce fait progressivement retirées du service, qu'elles n'assuraient que vers Noyant, Candé et Beaupréau.

Les n° 104 et 103 furent arrêtées en août et septembre 1914, la n° 102 en janvier 1915.Seule la n° 101 restait en activité, la guerre requérant de garder opérationnelle au moins l'une d'entre elles. Garées hors service, les trois premières assurèrent à titre exceptionnel quelques réserves ; à leur disparition, au bout de huit années de service intermittent, elles n'avaient parcouru respectivement que 113, 130 et 110.000km, ce qui est très peu pour la carrière d'une machine à vapeur. La n° 101 est arrêtée à son tour en 1926 avec 159.000 km à son actif.

En 1928, lors d'une offre de vente à 8.500 francs l'unité, aucun acheteur ne se présenta ! De ce fait, en 1929, la compagnie remit en état la moins défectueuse, la n° 101, en utilisant probablement les pièces les moins usagées des trois autres ; vendue en 1930 aux carrières de Cléré-sur-Layon, elle y assura quotidiennement les navettes sur l'embranchement de 3 km reliant le chantier à la gare, toujours conduite par les agents des C.F.A.

L'agonie de ce malheureux matériel fut lente. En 1936 seulement, l'entreprise Savigné d'Angers acquit les numéros 102, 103 et 104 pour le prix global de "vieilles ferrailles" de 5.875 francs. En 1940, l'occupant réquisitionna la n° 101 et l'expédia sur le réseau des Tramways de la Vendée pour aider à l'édification du mur de l'Atlantique ; rapatriée en Anjou en 1945, elle reprit son service, mais, devenue rapidement inutile après la dépose de la ligne Cholet - Saumur, elle connut le même sort que les précédentes.

Caractéristiques des locomotives Weidknecht

Poids à vide : 16T000
Poids en charge : 20T000
Timbre de la chaudière : 14 kg
Diamètre roue motrice : 910 mm
Diamètre des cylindres : 280 mm
Course des pistons 460 mm
Surface de grille : 0,600 m²
Surface de chauffe : 40 m²
Nombre de tubes : 111
Longueur hors tampon 6m50
Empattement : 2m10
Hauteur : 3m35
Effort de traction maximum : 3606 kg
Capacité des soutes à eau : 1800 L
Capacité en charbon : 1000 kg

Plan loco Weidknecht

 

les 130 T Decauville n° 3809 et 3811

 

Locomotive Decauville Soeur des 3809 et 3811 venues en Anjou, la 3810 sur le réseau du meusien pendant la première guerre mondiale. (Merci à D. Oberlin pour l'autorisation d'utilisation de cette photo)

Vers 1935, certaines locomotives du réseau accusaient un kilométrage important. En outre, la défaillance des 4 Weidknecht et le ferraillage de 4 S.A.C.M. et de 2 Blanc-Misseron incitèrent la S.E., nouvelle compagnie exploitante, à acquérir un nouveau matériel.

D'autres réseaux placés sous sa tutelle, mais en voie d'extinction, pouvaient le lui fournir. C'est ainsi qu'elle se tourna vers son réseau de la Woëvre dans la Meuse, où elle exploitait quelque 295 km de voie métrique en partie à l'aide de lourdes locomotives construites en 1914 par les ateliers Decauville, dont la réputation n'était plus à faire.

En 1936 fut conclu, pour la somme d'environ 28.000 francs pièce, l'achat de deux d'entre elles, qui, conservant leurs numéros d'origine 3809 et 3811, furent réceptionnées à Angers et immédiatement mises en service sur Angers - Beaupréau, ligne la plus florissante à cette époque pour le trafic marchandises.

La prestation en Anjou de ces grosses machines fut pourtant de courte durée. Leur poids en charge de l'ordre de 20 tonnes et leur important empattement n'étaient en effet guère compatibles avec le faible armement de la voie métrique angevine. Très vite les employés de la compagnie déchantèrent, d'autant que l'essieu avant n'arrivait pas à s'habituer aux aiguilles. Cependant, René Dubois, alors jeune mécanicien, se souvient avec ferveur de la conduite des Decauville et de leur bonne tenue de voie en pleine ligne. Allez savoir !

A la veille de la seconde guerre mondiale, la n° 3811 fut arrêtée puis vendue à la ferraille. Pendant le conflit, en dépit de la pénurie de charbon, la seconde de nos " dévoreuses" s'expatria au dépôt de Beaupréau pour tracter des convois de voyageurs vers Nantes ; en 1945, elle regagna Angers, d'où elle assura une bonne part du trafic marchandises vers Beaupréau et Baugé. Ce n'est qu'en 1947, alors qu'elle était en tête d'un lourd train de pierres revenant de Bécon, qu'une main malhabile acheva sa carrière, fusibles fondus, plus une goutte d'eau dans la chaudière !

Caractéristiques des locomotives Decauville

Poids à vide : 20T000
Poids en charge : 25T500
Timbre de la chaudière : 12 kg
Diamètre roue motrice : 1000 mm
Diamètre roue porteuse : 710 mm

Diamètre des cylindres : 330 mm
Course des pistons 460 mm
Surface de grille : 0,920 m²
Surface de chauffe : 47,48 m²
Nombre de tubes : 111
Longueur hors tampon 7m934
Largeur : 2m20
Hauteur : 3m20
Effort de traction maximum : 4050 kg
Capacité des soutes à eau : 2390 L
Capacité en charbon : 1000 kg

Plan loco Decauville


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